Un grand moment pour le métabolisme urbain
L’été passé, Sabine Barles, Professeure d’urbanisme et d’aménagement à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a reçu le Grand Prix de l’Urbanisme (vous pouvez découvrir sa présentation durant la cérémonie du Prix ici).
Toute personne travaillant dans le domaine du métabolisme urbain connaît Sabine Barles et ses travaux. Elle est la voix la plus prolifique et pertinente sur le sujet dans le monde francophone voire à l’internationale.
Elle a notamment fait revivre la notion du métabolisme urbain à partir des années 1990 qui avait connu un tassement sérieux depuis les années 1980. Sa contribution dans cette thématique propose énormément de volets la rendant tellement précieuse.
Premièrement, un volet quantitatif/ingénieur. Combien consomment et combien polluent les territoires ? Depuis les années 2000, elle a utilisé la méthode Eurostat (dévelopée par l’Ecole de Vienne) pour quantifier le métabolisme de Paris, du Grand Paris et de l’Île-de-France. Cette méthode a depuis été utilisée pour une grande partie des études de métabolisme urbain et territorial en France et dans le monde. Sabine a notamment contribué à développer un Guide méthodologique sur la Comptabilité des flux de matières dans les régions et les départements pour appliquer cette méthode dans le cadre administratif français.
Deuxièmement, Sabine a élargi la focale des analyses de quantification de flux en y ajoutant des aspects territoriaux, contextuels, d’acteurs, d’infrastructures, … Avec une série de collègues elle a prôné le concept d’écologie territoriale (voir par exemple l’exemple d’Aussois en Savoie). Elle a ainsi montré qu’il faut ouvrir la boîte noire des études métaboliques pour comprendre pourquoi nous consommons de telle manière et comment nous pourrions éventuellement réduire cette consommation.
Troisièmement, Sabine a ajouté une perspective historique dans les travaux de métabolisme urbain (ou de longue durée). Elle et de nombreux.euses collègues ont analysé le passé énergétique, alimentaire, hydrique, d’assainissement de Paris en soulignant les transformations des régimes socio-métaboliques. Cette perspective historique est unique car (il n’existe que très peu d’études sur le domaine) elle laisse réfléchir à une grammaire des transitions socio-écologique des territoires. Pourquoi sommes nous passés au tout-à-l’eau ? pourquoi sommes nous tournés vers le charbon ? pourquoi avons-nous rendus les chiffoniers illégaux ? Toutes ces questions peuvent être répondues grâce à un travail minutieux mêlant quantitatif, qualitatif, et narratif et surtour nous questionnent face aux transitions à venir.
Quatrièmement, Sabine et ses collègues ont aussi développé deux scénarios prospectifs pour le bassin versant de la Seine : Les villes en leur bassin et Post-métropolisation — qui déclinent une organisation sociale, politique et territoriale au service d’une sobriété radicale, prenant en charge les limites planétaires. Les deux scénarios se distinguent par le degré d’autonomie des low-techs mobilisées, l’organisation politique en lien avec la taille des établissements humains sur le bassin et plus globalement le rapport au vivant.
Finalement, Sabine a formé de nombreuses personnes tant intellectuellement, professionnellement que pratiquement. Elle a été dans le jury de la majorité des thèses française dans le domaine du métabolisme urbain. Elle a inspiré plus d’étudiant.es de se lancer dans la recherche. Elle a été dans plein de commissions pour défendre la place du métabolisme urbain dans l’urbanisme et la recherche académique.
Pour toutes ces raisons, je suis tellement heureux de voir que Sabine (et accessoirement ses travaux) soient récompensé.es. Au nom de toutes les personnes que tu as motivé et inspiré, je te remercie Sabine et toutes mes félicitations encore !

